Trafic international  :  Le procès des 13 algériens, une parodie judiciaire

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Trafic international  :  Le procès des 13 algériens, une parodie judiciaire

Par Djamal Yalaoui

Avocat au barreau de Paris et Correspondant associé au barreau d’Oran

Le tribunal correctionnel de Lyon (France) a jugé 13 algériens, du lundi 29 juin 2020 au 2 juillet 2020. La décision du tribunal correctionnel n’a pas été mise en délibérée, mais rendu dès la fin de l’audience, soit le 2 juillet.

Cependant, avant d’aborder le fond du dossier, il convient préalablement de faire un bref rappel des faits et de la procédure.

C’est une affaire peu courante compte tenu du nombre de protagonistes, de l’ampleur de l’organisation du réseau qui déploie ses tentacules sur au moins 4 pays et 3 continents. La découverte de la partie visible de cette « pieuvre mafieuse » fait suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire, pour « Exercice illégal de la profession de banquier et blanchiment d’argent en bande organisée » ordonnée par le procureur de la république de Rennes, en Bretagne, en septembre 2017. Mais très vite le parquet de Rennes prend conscience de l’ampleur de ce trafic et constate que les principaux rouages du système sont ailleurs. L’enquête permettra de mettre à la lumière du jour, un système au sein duquel des individus étaient chargés de collecter de fortes sommes  d’argent en liquide sur instruction de 3 « sarafs » (« changeurs » exerçant la profession de banquier) pour le compte de donneurs d’ordre établis, principalement, aux  Emirats Arabes Unis, plus précisément à Dubai, et accessoirement en Algérie . Ces collectes, ou plutôt ces récoltes, avaient principalement lieu à Lyon, c’est pourquoi selon les sources auxquelles nous avons eu accès, dès le mois de novembre 2017 le procureur de la république de Rennes a transmis l’enquête préliminaire au parquet de Lyon.

L’enquête préliminaire du procureur de la république de Lyon a duré jusqu’en avril 2018. Les enquêteurs ont mis en exergue un vaste système de collecte sur Cannes, Antibes, Marseille, Paris et Strasbourg. Les sommes collectées transitaient, ensuite, au domicile d’autres individus en région parisienne et à Marseille. Au regard de la complexité de l’affaire, une information judiciaire a été ouverte et un juge d’instruction a été désigné comme juge-enquêteur.
Selon les déclarations des mis en cause et les investigations du juge d’instruction, les montants collectés et encaissés seraient, au bas mot, de 71 millions d’euros ! 

Mais la réalité c’est au moins l50 à 250 millions d’euros !!!!

Ces sommes astronomiques (je vous laisse faire la conversion en dinar algérien) étaient expédiées en Italie  pour les échanger contre de l’or, aux fins de rendre de l’argent sale, blanc comme des bijoux en or ! 

D’ailleurs pour les policiers, et ils en sont convaincus, les montants et le mode opératoire du trafic trahissent surtout le fait que tout ou partie des sommes ne peuvent avoir pour origine que le trafic de drogue, le travail illégal et la fraude fiscale. L’enquête n’a pu établir ces différents délits : on n’est pas en présence d’une épicerie de quartier mais d’une multinationale spécialisée dans les machines à laver de l’argent sale !

A l’issue de l’information judiciaire, le magistrat instructeur, a renvoyé devant le tribunal correctionnel de Lyon : 13 individus pour le délit d’ »Exercice illégal de la profession de banquier et blanchiment d’argent en bande organisée » et parmi eux 11 ont été, également,  poursuivi du chef de « concours en bande organisée à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d’un délit de trafic de stupéfiants ».

Au cours des 4 jours d’audience devant les 3 juges composant le tribunal correctionnel de LYON, on relève une constante : c’est un réseau extrêmement bien organisé et soudé par des liens communautaires et familiaux. En effet, Dans la presse de la région lyonnaise on découvre que les 13 mis en cause sont de la « communauté kabyle » ou « d’origine kabyle » (on nie la communauté algérienne, même, dans les affaires mafieuses !).

Un des transporteurs, âgé de 31 ans, explique à la barre du tribunal, que de Lyon, il rejoignait un « saraf » de la banlieue parisienne (Paris) qui lui remettait des « paquets d’argent », estimé selon lui en fonction des voyages, entre 300.000€ et plus d’un million d’euros. Il transportait l’argent liquide en ITALIE, plus précisément en Toscane, à Arrezo. Cette ville italienne est réputée pour ses orfèvreries. Dans cette dernière ville, il remettait l’argent à un individu qui en contrepartie lui remettait des bijoux. Ensuite, il repartait sur Marseille pour y déposer les bijoux. La plus grande partie de l’or étaient, ensuite, expédiée en Algérie pour éviter des transferts d’argent onéreux et risqués, selon les mis en cause.

Le même transporteur explique que les membres du réseau changeaient régulièrement de téléphone portable sur ordre du « rais » (« chef »), d’une part, ils devaient voyager avec leurs épouses pour ne pas éveiller les soupçons et utilisaient un langage codé pour désigner le nombre de paquet à transporter, d’autre part. Le prévenu explique « on parlait de pointures, de tailles. Taille 42 signifiait 42 paquets. Et pour les bijoux, on parlait de paquets de mozzarella ». Il faisait, selon ses dires, jusqu’à 3 voyages par semaine et quand il n’était pas disponible, c’est son père qui faisait les transports et voyages, en ses lieux et places.

Le plus âgé des protagonistes, Belkacem G., 60 ans, qui avoue avoir introduit son neveu dans le trafic mais qui est incapable d’expliquer devant le tribunal pourquoi il a continué à voyager « chargé » entre la France, l’Italie  et l’Algérie en car-ferry alors qu’il avait été condamné à une forte amende et à une peine de prison avec sursis pour des faits similaires en 2013. Quand il est interpellé, en avril 2018,  il se trouvait en possession de 700.000€ en liquide !!

A l’issue de l’enquête judiciaire, le juge d’instruction avait établi qu’u moins une partie de l’argent provenait du trafic de drogue. Le transporteur de 31 ans reconnaît, du bout des lèvres, que « certains remettant ne lui inspiraient pas confiance » alors que son oncle Belkacem, plus expérimenté, préfère parler de « l’argent de retraités, de commerçants qui travaillent en espèces »… 

Cependant, le « rais » à savoir le présumé cerveau du réseau qui a brillé par son absence, Mohamed, a été désigné par tous comme le donneur d’ordres : les absents ont toujours tords, adage universel et intemporel !! Bien que ce prétendu Mohamed (on ne sait même pas s’il existe ! mais le simple fait de le nommer MOHAMED en dit long sur les intentions cachées de « ces mafieux communautaires ») a fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, il n’a pu être interpellé. Selon les prévenus, il résiderait à Dubai.

A l’issue de 4 jours de débats, d’interrogations, de plaidoiries… Les juges, manifestement, avaient déjà fait leur religion du dossier et n’ont pas vu l’intérêt de prendre davantage de temps, pendant quelques semaines, pour réfléchir sur les responsabilités de chacun et les condamnations les plus adéquates avec l’importance de l’affaire.

Sur les 13 prévenus, 12 encouraient maximum 10 ans d’emprisonnement et « le doyen-parrain » Belkacem, âgé de 60 ans, qui était en état de récidive légale, c’était bien davantage.

In fine la multinationale communautaire a été considéré comme une épicerie kabyle d’un quartier pauvre de la banlieue lyonnaise !

  • Le principal accusé, le fameux Mohamed, a été condamné à 7 ans de prison ferme et à 1 million d’euros d’amende ;
  • Le doyen Belkacem, en état de récidive légale et arrêté avec 700.000€ en liquide, écope de «3 ans et demi ferme et de 100.000€ d’amende ;
  • 3 transporteurs recrutés par Belkacem ont été condamnés à 2 ans prisons dont 6 mois assorti du sursis et leurs épouses ont été condamnées à 8 mois de prison ferme et 2000€ d’amende pour avoir participé a ces voyages ;
  • 3 autres membres du réseau, dont des collecteurs basés en région parisienne, ont été condamnés à des peines fermes de 18 mois à 2 ans ;
  • Un autre « seraf » qui comparaissait détenu pour une autre affaire a été condamné à 3 ans fermes ;
  • Le 13ème prévenu, est toujours bloqué en Algérie à cause de la crise sanitaire et sera jugé en novembre 2020.

Quelles conclusions ou leçons à retenir de cette affaire et de ce jugement ?

Nous qui sommes avocat et donc auxiliaire de justice, nous  contribuons à l’œuvre de Justice, par notre intervention. Nous constatons avec amertume qu’un transporteur de stupéfiants pour quelques kilos écopera du double : les mules ou les porteurs de valises ne sont pas des parrains !

Il vaut mieux détourner des milliards par voie électronique (les israeliens en ont fait un sport national et de surcroît on ne peut les extrader d’Israel !) que de cambrioler une maison !

On découvre avec consternation que Dubai est l’une des plaques tournantes du marché noir des devises collectées en Algérie : C’est dans la capitale des EAU que le cours du dinar algérien, sur le marché parallèle, est fixé !

C’est une atteinte, manifeste, à la souveraineté monétaire de l’Algérie !

Ce pays est en proie a des attaques permanentes et venant de multiple horizons, mais avec un seul objectif : mettre à terre l’économie algérienne !

Les pertes pour l’économie algérienne sont immenses et de surcroît ils mettent en péril la souveraineté financière.
Même devant un tribunal, les ennemis de l’Algérie ne manque pas une occasion pour vomir leur venin de scorpion : plusieurs mis en cause ont reconnu partiellement le trafic illégal mais ce n’était pas de leur faute mais bien à cause de l’Algérie :  pour la lenteur de ses services bancaires et le coût prohibitif du change euro-dinar algérien…Le crétinisme de nos ennemis est un puits sans fond, dangereux !

Le potentiel économique de l’Algérie,en fait un des états les plus riches du 21ème siècle, les hyènes sont tapis dans l’ombre…Après la crise sanitaire, la réforme de la constitution…Il conviendra de mener l’attaque sur le terrain de ces gens là !

Ceux qui ont commis des délits, contre les intérêts de l’Algérie comme le parrain Belkacem, devront être jugé également en Algérie : il n’a été jugé que pour les faits commis en France.

Espérons que la justice algérienne soit à la hauteur des attaques que subit le pays et son peuple patriote.