Politique intérieure et relations avec la France: L’approche du Président Tebboune

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Président Tebboune : l’Algérie entretient avec la France de bonnes relations, loin du complexe d’ancien colonisateur

Dans un entretien accordé au journal français l’Opinion, paru ce lundi 13 juillet 2020, le président de la république Abdelmadjid Tebboune évoquera les chantiers des réformes politiques et économiques, les relations algéro-françaises et les questions régionales comme la crise libyenne et la situation au Sahel

Pour le président Tebboune, il est arrivé au pouvoir grâce à la volonté du peuple qui l’a élu, estimant qu’il n’a nullement l’intention d’emboiter le pas à son prédécesseur le président déchu, pour rester au pouvoir. Abdelmadjid Tebboune estime primordial et urgent d’aller vers des réformes politiques, économiques et sociales profondes, pour édifier la nouvelle Algérie.

Il soulignera que son intention est d’aller vers l’édification d’institutions de l’Etat, qui ne sera jamais influencées ou affectées par les décisions politiques comme ce fut avec son prédécesseur.
«  Le changement qu’on a l’intention d’opérer est basé sur la volonté du peuple et celle de la jeunesse algérienne, appelée à s’impliquer davantage dans la proche étape cruciale dans tous les domaines

Aucune intention de créer un parti politique

Saisissant cette opportunité, le président Tebboune démentira catégoriquement les rumeurs sur son intention de créer un parti politique, une force politique, ou une couverture politique, notant qu’il poursuivra la stratégie opérée lors de sa candidature à la magistrature suprême, à savoir accorder plus d’intérêt au mouvement associatif le plus dynamique. Il estimera dans ce cadre, qu’il ne veut nullement tomber dans les mêmes erreurs de son prédécesseur déchu, soulignant qu’il veut constituer un staff gouvernemental capable de concrétiser les aspirations du peuple algérien, et qu’il ne veut nullement vivre le scénario de son prédécesseur, qui après 20 ans de règne sera confronté au Hirak du peuple qui l’évincera dans le sillage de son échec politique.

Ainsi, le président Tebboune, accordera une grande importance à son premier mandat, et les résultats qui en découlent. » J’ai été élu pour un seul mandat, et je veux le réussir en obtenant des résultats positifs sur le plan socioéconomique, à la hauteur des aspirations du peuple »

Concernant les détenus « politiques » et la libération de 2700 détenus, le président Tebboune annonce qu’il continuera dans cette voie, en se référant à sa politique hostile à la répression et l’emprisonnement, basée sur la réconciliation et l’apaisement, estimant qu’il n’est nullement opposé à l’existence de politiques opposés à sa politique, car l’existence d’une opposition forte est une bonne chose pour la marche du pays, et pour la concrétisation de la démocratie et la justice sociale. Pour ce qui est de la révision constitutionnelle, le président Tebboune note que le document est en débat, en attendant la concrétisation d’une constitution consensuelle, susceptible de résister aux pratiques et attitudes de l’avenir

 La mémoire

Interrogé sur son récent entretien téléphonique avec son homologue français Emmanuel Macron, le président Tebboune saluera la nomination du côté français de Benjamin Stora, qui connaît bien le dossier, annonçant que l’Algérie nommera dans les prochaines 72 heures une personnalité algérienne qui suivra le dossier de la mémoire.

« Nous souhaitons qu’ils accomplissent leur travail dans la vérité, la sérénité et l’apaisement pour régler ces problèmes qui enveniment nos relations politiques, le climat des affaires et la bonne entente. L’Algérie est incontournable pour la France, et la France l’est pour l’Algérie. Il faut affronter ces évènements douloureux pour repartir sur des relations profitables aux deux pays, notamment au niveau économique » dira le président Tebboune.

Il ajoutera en outre «  la mémoire ne peut être estompée et nous ne pouvons pas en faire ce que nous voulons. La remise récente des restes mortuaires des combattants qui se sont opposés, il y a un siècle et demi, à l’installation de l’armée coloniale constitue un grand pas. D’autres crimes méritent d’être racontés, comme la prise de l’oasis de Zaatcha où les troupes françaises du général Emile Herbillon ont massacré les combattants du cheikh Bouziane. Le maréchal de Saint-Arnaud a aussi perpétré de nombreux massacres, qui ont fait plus de victimes qu’à Oradour-sur-Glane. Beaucoup d’historiens français traitent ces évènements historiques en toute honnêteté »

Le président Tebboune demeure convaincu que le dénouement du dossier de la mémoire et du passif historique et colonial ouvrira la voie à une coopération plus dense entre les deux pays

«  Il existe une coopération humaine, scientifique et économique entre les deux pays. La France vient de perdre sa première place de pays fournisseur de l’Algérie mais ce n’est pas irréversible. Nous avons aussi une très forte communauté en France que nous voulons également servir et préserver » note-t-il.

Explicite et clair sur ce sujet, le président Tebboune estimera que l’histoire algérienne ne peut être jugée par mimétisme par rapport à ce qui s’est fait ailleurs, notamment quand la Libye a demandé des excuses à l’Italie qui a ensuite payé une dette coloniale. Les Algériens tiennent beaucoup plus à la reconnaissance de l’Etat français de ses actes qu’à une compensation matérielle. La seule compensation envisageable est celle des essais nucléaires. Les séquelles sont encore vives pour certaines populations, notamment atteintes de malformations. Et certains sites n’ont toujours pas encore été traités.

Pour le président Tebboune , le président français doit lutter contre le parasitage de lobbies minoritaires mais très dangereux qui essaient de saper son travail, notamment des personnes revanchardes connues pour leur anti-algérianité. Ils pensent toujours que l’Algérie a été bradée et n’a pas été libérée, que le général de Gaulle est un traître.