Jacob Cohen à Algérie54: Le Hezbollah , seule force politico-militaire qui peut contrecarrer les convoitises sionistes

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La normalisation entre les régimes arabes avec l’entité sioniste, vise l’Iran et la consécration d’un régime d’Apartheid

Dans un entretien accordé à Algérie54, le journaliste français Jacob Cohen et auteur du “Printemps das Sayanims” revient sur la question palestinienne, l’accord entre les Emirats Arabes Unis et l’entité sioniste, les explosions de Beyrouth, le voyage du président français Emmanuel Macron au Liban et le soutien de l’Algérie à la cause palestinienne.

Algérie54 :La cause palestinienne vient de subir un nouveau coup de poignard dans le dos avec cette annonce de normalisation des relations entre les Emirats Arabes Unis et l’entité sioniste, quel est l’impact de ce revirement sur la situation globale au Proche-Orient ?

Jacob Cohen : C’était prévisible. Depuis quelques années, les signes d’un rapprochement se multipliaient. Visites plus ou moins secrètes dont celles du chef du Mossad, présence de Netanyahou à Oman, coopération sanitaire, échanges sécuritaireset solidarité contre « l’hégémonie iranienne », pressions sur l’Autorité palestinienne pour signer le deal du siècle. Les monarchies du Golfe n’avaient

plus le choix. Collaborer ou compromettre leur prospérité et leur stabilité. Les signataires des accords d’Oslo et leurs continuateurs portent une grande responsabilité dans cet abandon de leur cause, en acceptant face au monde la fiction d’une possible Palestine indépendante coexistant avec l’entité sioniste. D’ailleurs le plan de Trump n’accorde-t-il pas un « État » aux Palestiniens ? Un  « État » croupion certes, mais un État, avec même une « capitale » quelque part dans la lointaine banlieue d’Al-Qods.

Sur la situation globale du Proche-Orient, la situation se clarifie au profit d’Israël. Les adversaires de l’entité sioniste, ceux qui auraient pu lui tenir tête et constituer une espèce de « front du refus », ont été neutralisés ou en grande partie détruits. Les autres États arabes acceptent, bon gré mal gré, la prééminence d’Israël et se mettent même sous sa protection. À court terme, et dans les circonstances actuelles ; le régime sioniste en plus d’être craint est un acteur incontournable de la communauté internationale ; l’imperium sioniste sur le Proche-Orient ira en grandissant.

Algérie54 :  Le Premier Ministre de l’Entité sioniste Benjamin Netanyahou jubile et il n’est pas exclu que d’autres monarchies du Golfe emboîtent le pas à Abou Dhabi, qu’en pensez-vous ?

Jacob Cohen : Les Arabes ont leurs pudeurs, surtout ceux qui trahissent la Cause. Les Émirats ont obtenu, pour signer la paix, que l’entité sioniste reporte l’annexion de la Cisjordanie. Quelle prouesse ! Enfin, heureusement que le ridicule diplomatique ne tue plus. Bien sûr, d’autres monarchies suivront, lorsque la pilule sera avalée par les peuples arabes. Bahreïn et le Sultanat d’Oman, le Soudan éventuellement, et enfin la grande monarchie des Bédouins enrichis et qui ne tiennent que grâce au soutien de l’impérialisme. C’est certainement l’Arabie Saoudite qui orchestre ces gestes de soumission à leur « protecteur » sioniste. Maintenant, si dans 6 mois le régime sioniste relance son projet d’annexion, quelles concessions faudra-t-il lui faire pour calmer ses ambitions ?

Algérie54 : L’annonce de la normalisation intervient dans le sillage d’une éventuelle annexion de la Cisjordanie, et des explosions de Beyrouth, ne pensez pas qu’il y a un lien entre ces évènements ?

Jacob Cohen : Il y a un lien évident et à multiples facettes. L’annonce de l’annexion imminente de la Cisjordanie pour la 1 er juillet a effrayé plus d’une chancellerie, dont les Arabes, qui ne voyaient pas comment s’y opposer, même formellement.

Netanyahou allait mettre le monde entier dans de beaux draps. Heureusement on a trouvé cette issue qui rend l’accord de paix plus digeste. Il en de même des explosions de Beyrouth qui mettent, en tout cas pour quelque temps, hors d’état de réagir la seule vraie puissance politico-militaire qui avait fait reculer l’armée sioniste et mis fin à ses ambitions annexionnistes dans le Sud du Liban.

Algérie54 : Le président français Emmanuel Macron a rapidement rallié Beyrouth au lendemain des explosions du port de Beyrouth, pour revendiquer selon certaines indiscrétions le désarmement du Hizbollah, a-t-il des chances de réussir dans sa démarche ?

Jacob Cohen : Le Hezbollah reste la seule force politico-militaire qui peut encore gêner les ambitions conquérantes du régime sioniste. Il l’a montré par le passé. Et surtout il montre le « mauvais » exemple aux peuples arabes qu’on peut résister aux sionistes. La collaboration n’est pas une fatalité. On n’a pas besoin d’armées conventionnelles lourdement armées et soumises à des pouvoirs politiques plus ou moins corrompus et visant surtout à sauvegarder leurs privilèges. Quelques milliers d’hommes bien entraînés et avec une foi inébranlable peuvent faire trembler une armée sûre d’elle-même et dominatrice. De là vient l’obsession du régime sioniste d’obtenir la mise à l’écart du Hezbollah en le cataloguant comme mouvement « terroriste », son désarmement, le tarissement de ses ressources financières. Mais les Libanais toutes confessions confondues, sauf quelques nostalgiques qui se rêvaient en suppôts d’Israël, savent que sans le Hezbollah, un bon tiers de leurs pays serait aujourd’hui occupé comme le Cisjordanie et que sur les 2/3 restants dominerait un protectorat sioniste. La démarche d’Emmanuel Macron me paraît donc vouée à l’échec.

Algérie54 :  Pour de nombreux Libanais, l’attitude d’Emmanuel Macron, dans les rues de la capitale libanaise est un acte néocolonial, car le locataire du Palais de l’Elysée est dans l’impossibilité d’observer la même attitude à Paris ?

Jacob Cohen :Tout à fait. C’est le président d’un pays qui a gardé sa mémoire coloniale vis-à- vis d’un pays qu’on voudrait encore protéger, incapable de s’en sortir tout seul et à qui il faut donner des leçons de bonne gestion. Une prétention bien française hélas !

Algérie54 : L’entité sioniste ne chôme pas en matière d’agressions à l’égard de la bande de Gaza et des territoires syriens pour porter une bouffée d’oxygène aux terroristes de Daesch à l’Est de la Syrie, qu’en dites-vous ?

Jacob Cohen : Le régime sioniste doit vivre continuellement en état de guerre, pour souder son front intérieur que menacent des conflits internes très violents, contraindre sa propre population aux sacrifices inhérents à la situation, et montrer aux voisins qu’il ne peut y avoir qu’une relation de dominant à dominés. C’est Ariel Sharon qui avait laissé le Hamas s’introduire à Gaza en 1982 pour affaiblir le courant nationaliste et entretenir un conflit de basse intensité avec quelques explosions épisodiques. La Syrie quant à elle en fait l’expérience depuis des décennies. Bien avant la guerre déclenchée en 2011 par une coalition ennemie, le régime sioniste bombardait régulièrement le territoire syrien, peut-être pour provoquer un conflit général et élargir ses conquêtes sur le Golan, ou certainement pour le dissuader de développer son potentiel scientifique et militaire.

Algérie54 : L’Algérie, à l’opposé de son voisin de l’Ouest, demeure l’un des rares pays arabes à refuser toute normalisation avec l’entité sioniste, malgré les plans de déstabilisation de cette dernière visant l’intégrité, l’unité et la souveraineté via des séparatistes et mouvements liés au terrorisme international, qu’en pensez-vous ?

Jacob Cohen : L’Algérie maintient en effet un front du refus mais bien solitaire. S’il y avait un vote au sein de la Ligue Arabe, l’écrasante majorité soutiendrait le nouvel accord de paix et, avec les précautions oratoires de rigueur, pousserait l’Autorité palestinienne à accepter le plan de Trump qui reviendrait à offrir aux sionistes les parties de Cisjordanie qu’ils veulent justement annexer. Mais le prix à payer pour l’Algérie ne se limite pas à son intégrité territoriale. Les plus grandes institutions financières mondiales, les services de sécurité et d’espionnage informatiques, les organes médiatiques les plus influents, et toute la superstructure médiatique, sont sous l’influence, directe ou indirecte, de milliers de « sayanim », ces juifs haut placés de diverses nationalités qui travaillent pour le Mossad et qui peuvent nuire bien plus perfidement aux intérêts vitaux de l’Algérie. C’est un combat qui n’est pas simple mais qui est à la mesure des défis auxquels la Nation arabe est confrontée.

Entretien réalisé par Mehdi Messaoudi