Libye : 5 scénarios possibles, l’enlisement ou une sortie de crise (Expert)

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Libye : 5 scénarios possibles, l’enlisement ou une sortie de crise (Expert)

Par Wissal Ayadi

Voilà maintenant 10 ans que la Libye est empêtrée dans une guerre civile qui plonge le pays dans une situation très difficile. Les conditions sociales des Libyens ne cessent de se dégrader et mènent à une paupérisation croissante de la population… Nous sommes loin de la Libye d’antan où les citoyens profitaient pleinement des richesses naturelles du pays.

Actuellement, deux factions rivales se disputent la direction du pays. D’un côté le Gouvernement de l’Est avec des alliés puissants comme la Russie, l’Egypte, la France et de l’autre côté le Gouvernement d’Entente Nationale (GNA) soutenu par le Qatar, la Turquie.

Rafaa Tabib est un universitaire tunisien, chercheur et expert en géopolitique, spécialiste de la question libyenne. Si la situation en Libye semble se diriger vers un consensus, il, a, de son côté établi cinq scénarios à la crise libyenne. Nous l’avons rencontré à Tunis, lors d’une conférence débat portant sur la crise en Libye.

Scénario 1: La guerre totale

D’après le Rafaa Tabib, cette situation interviendrait suite à l’effondrement de l’accord politique avec en prime un changement d’attitude de la part des Nations Unies vis à vis du processus électoral.

La guerre totale pourrait également survenir si la Turquie et le Qatar exerçaient une pression massive sur leurs soutiens locaux afin de suspendre le processus de paix en Libye.

« Une guerre totale conduirait inéluctablement à une fragmentation du champ politique et des territoires avec un élargissement de la zone tenue par l’Armée Nationale Libyenne et l’émergence des partisans de la « Jamahiriya » comme force dominante dans plusieurs régions », nous explique l’expert.

De plus, il affirme que la menace de la création d’un pôle salafiste autonome pourrait émerger avec la radicalisation des factions madkhalistes.

Scénario 2: Réconciliations

«  Il s’agit là d’une situation intermédiaire. Il y aurait alors quelques épisodes d’affrontements en Libye mais avec des possibilités d’accords à terme et selon des phases », affirme le chercheur.

La possibilité d’une réconciliation interviendrait à condition d’un enlisement de l’accord politique et l’arrêt du processus électoral avec un prolongement et un durcissement de la crise économique.

Ce scénario pourrait avoir comme impact d’abord la marginalisation des institutions de l’Etat. Par ailleurs, le rôle des chefs tribaux pourrait se renforcer. « Nous pourrions même assister à un retour des caciques de la Jamahiriya », souligne Tabib.

Scénario 3: Elections

Des élections à travers un calendrier pour un processus électoral, imposé par l’ONU, privilégiant la Présidentielle ou leur simultanéité avec des élections législatives.

« Deux candidats sortiraient alors du lot à savoir Khlifa Haftar et Seif El Islem Kadhafi, fils du défunt président Mouammar Kadhafi », dit-il.

Les impacts de cette situation seraient multiples. D’abord la marginalisation des islamistes et  le début d’un processus qui mènerait à leur écartement total de la vie politique. Par ailleurs, il le rôle des factions tribales loyales à la Jamahirya se verra renforcer avec le retour d’un pouvoir fort aux mains d’une coalition tribale.

« Il s’agit là d’un accord sociétal. Ainsi, la société libyenne grâce à ses tribus et ses forces sociales vont passer au premier plan et imposer un accord politique général qui pourrait être entériné par les Nations Unies et les puissances étrangères et qui pourrait intéresser les sociétés étrangères en vue de la reconstruction de la Libye », indique Rafaa Tabib.

Scénario 4: Partition

Ce scénario ferait suite à une décision de l’armée Nationale Libyenne de consolider son territoire dans la perspective d’une défaite électorale à l’échelle nationale. Le chercheur ajoute qu’il pourrait y avoir une alliance entre les islamistes et l’ANL afin de préserver les acquis de chaque partie.

L’ingérence des puissances étrangères pourrait être également de mise afin de garantir les intérêts  des puissantes compagnies pétrolières internationales.

« Dans cette situation, toutes les stratégies des pays du Golfe à l’égard de la Libye seraient gelées », dit le chercheur.

Et les conséquences de ce scénario pourraient être une mauvaise chose pour la Tunisie. En effet, cela pourrait favoriser la création d’une entité fragmentée et instable à la frontière tuniso-libyenne, et l’augmentation de flux migratoires vers la Tunisie.

«Il y aura une paupérisation importante de la région de Tripoli et l’émergence de cités-états », indique l’universitaire.

Scénario 5: Consensus

C’est vers ce scénario que la Libye tend à aller. « Il s’agit là d’un accord multipartite aussi bien avec les pays de la région qu’avec certaines puissances étrangères pour laisser les Libyens choisir selon des modalités intrinsèques à la société libyenne et aussi aux schémas politiques qui existent dans le pays.», explique Rafaa Tabib.

Mais pour que le consensus existe, il faut qu’il y ait la constitution d’une instance représentative de tout le spectre politique et tribal pour la résolution de la question de la légitimité

Un accord devra être conclu entre les géants du pétrole pour une exploitation des ressources en y associant notamment la Russie et la Chine.

Il s’agit d’une sorte de sortie de crise qui pourrait à terme donner lieu à un processus électoral.

Ce scénario pourrait entamer le démarrage de la reconstruction de la Libye. Ce sera également le début d’une longue transition soutenue par une présence étrangère sur le terrain. L’Etat central sera démantelé au profit d’une fédération très élargie.

Cela donnera lieu à plusieurs conséquences, comme l’atténuation des effets de la crise économique et sociale et la démobilisation d’une grande partie des milices.

Les protagonistes de la crise en Libye doivent se rencontrer le 5 octobre prochain à Genève en Suisse sous l’égide des Nations unies. L’objectif sera justement de choisir un nouvel exécutif destiné à diriger la transition dans le pays, dans l’espoir d’entrevoir une sortie de crise.