Islamophobie française: une affaire de lobby

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Par Jacob Cohen

On parle de l’islamophobie en France comme d’un dysfonctionnement regrettable que les bonnes volontés ne manqueront pas de corriger dans une société dont la devise historique, éculée et rabâchée,  serait : Liberté Egalité Fraternité.

Ceux qui en sont victimes aujourd’hui perpétuent d’ailleurs ce mythe en se battant sur le terrain choisi par l’oppresseur et avec les règles établies par ce dernier.

Ancien pays colonial, avec les tares habituelles du conquérant sur des indigènes musulmans vaincus, la France a appliqué allègrement les discriminations accompagnées d’humiliations, d’expropriations et d’exactions. Mais on pouvait penser qu’avec le temps, et les indépendances acquises, la coexistence sur le sol français allait se faire progressivement sur la base des valeurs de l’incontournable devise républicaine. La jeunesse musulmane avait d’ailleurs manifesté en 1983, en masse et pacifiquement, pour exprimer sa volonté d’intégration et de fidélité à la France.

C’était bien parti, mais cela ne faisait pas l’affaire du Lobby. Ce dernier, composé de sayanim bien placés, et sur instructions probables du Mossad qui les emploie, a entamé ce que l’on pourrait appeler la stratégie sioniste vis-à-vis de la communauté musulmane qui prenait de l’importance : L’empêcher d’acquérir visibilité et légitimité, lui fermer les postes dans les secteurs sensibles, développer à son égard méfiance et hostilité. Cela rappelle la politique de « containment » pratiquée par l’Occident contre le bloc soviétique. La hantise du Lobby, et du régime sioniste derrière lui, était de voir la France, sous une influence musulmane grandissante, se détourner peu à peu d’Israël et renforcer sa politique arabe et tiers-mondiste. Cela aurait également porté un coup fatal à la puissance du Lobby et aux dividendes (politiques financières médiatiques) que celui-ci tire de sa position centrale, notamment avec l’exploitation du prétendu antisémitisme qui justifie toutes ses prétentions et accorde un chèque en blanc au régime sioniste, protégé désormais de toute critique.

Le Lobby va donc détourner ces revendications légitimes de la jeunesse maghrébine en les enfermant dans une association entièrement à sa dévotion. Ce fut la création de SOS Racisme par des judéo-sionistes sous la houlette de Bernard-Henri Lévy. Cette association « antiraciste » est chapeautée et contrôlée par l’Union des étudiants juifs de France. On ne fait pas plus sioniste. SOS Racisme en est la filiale dévouée et partage tous ses combats. Grâce à l’appui du Lobby, SOS Racisme reçoit des centaines de milliers d’euros chaque année et dispose d’une légitimité médiatique incontestée.

Le « containment » des musulmans consiste par ailleurs à les déstabiliser, à leur faire admettre qu’ils sont tolérés dans une société « judéo-chrétienne » (construction récente et historiquement infondée) dont ils doivent intégrer les « valeurs », et qu’ils restent sous surveillance de la bien-pensance républicaine généralement assumée par des représentants du Lobby bien connus. Le premier Ministre de la France peut dire : « Le voile doit être porté avec discrétion, alors qu’on peut être fier de porter la kippa ». Un journaliste peut balancer à la télévision : « Ce sont les musulmans qui amènent la merde en France ». BHL, fier de son identité juive, exige une modernisation du saint Coran. Madame Badinter, propriétaire de Publicis, un nid de sayanim, revendique son droit de détester l’islam. Les musulmans auraient la décence de se faire humilier par des « caricatures » au nom de la liberté d’expression, mais sans broncher. Le Lobby leur impose un « imam » débile et inculte supposé les représenter dans les médias, et protégé par la police nationale.  Régulièrement les médias nous offrent des débats sur l’islam et les musulmans menés par Zemmour, Lévy, Goldnadel, Askolovitch, Badinter (vous voulez un dessin ?) alors que des milliers de grands intellectuels maghrébins sont tenus à l’écart. Il est vrai que le Lobby agrée quelques mahométans en fonction de leur trahison à leur communauté.

Je vous offre l’ultime provocation faite par le magazine Causeur d’Elisabeth Lévy de cette semaine. Il n’appelle pas moins à l’apostasie des musulmans pour les acculturer aux sociétés ouvertes. « Cette démarche supposerait l’engagement de militants érudits, d’artistes passionnés, de rhéteurs motivés au service de l’ambition suivante : en appeler à la sensibilité de leurs semblables de confession musulmane pour les persuader d’adhérer à des croyances plus paisibles. »

La stratégie agressive et raciste du Lobby  menée moins pour des raisons historiques ou ethniques que pour servir l’intérêt supérieur du régime sioniste  et qui trouve un certain écho au sein d’une droite nationale nostalgique plutôt complaisante, ne paraît pas rencontrer une résistance déterminée, lucide, organisée et courageuse.

Tout d’abord les Maghrébins du moins ceux qui tentent de résister  ne font pratiquement jamais le lien entre l’islamophobie croissante et ses véritables manipulateurs. Non qu’ils l’ignorent. Mais le tabou est tel qu’ils n’osent pas franchir le pas de peur d’affronter ouvertement le Lobby et d’être taxés d’antisémites. Consciemment ou non, ces Maghrébins ont intériorisé les lignes rouges imposées par le Lobby dans toute expression publique. L’antisémitisme a bon dos. De toute façon, c’est le Lobby qui fixe le niveau du délit suprême. Toutes vos protestations ne serviront à rien si le Lobby a décidé que tel a fait preuve d’antisémitisme et qu’il en paiera les conséquences, car il peut donner ses directives en ce sens aux médias et aux divers agents de l’État. Cette épée de Damoclès est d’une terrifiante dissuasion.

Un exemple personnel. En 2016 j’avais réservé une salle dans une mairie progressiste de la banlieue parisienne. Le responsable était un bon militant d’origine maghrébine. 24 heures après l’annonce de la conférence (mes activités étaient surveillées par qui vous devinez) le responsable m’a annoncé l’annulation de la réservation. Mon nom était sulfureux. Le responsable savait qu’en tenant tête au représentant du Lobby qui avait téléphoné, il pouvait dire adieu à sa carrière politique. Des ministres et des entrepreneurs (Gallimard par exemple) n’ont pas résisté à une campagne de harcèlement du Lobby.

Pratiquement d’ailleurs, tous les sites maghrébins en France m’évitent comme la peste, craignant la colère du Lobby. Même des sites palestiniens. Comme j’ai collaboré un temps avec Dieudonné et Soral, épinglés par le Lobby comme « ennemis de la République », je reste persona non grata, même après le conflit qui m’en avait séparé. C’est le principe de précaution poussé à outrance.

Avec de pareils opposants, le Lobby peut poursuivre et accentuer sa stratégie islamophobe. Il semble qu’une majorité de Maghrébins, surtout parmi les diplômés, ne se soient pas totalement débarrassés d’un certain complexe du colonisé. Celui décrit par Albert Memmi, que j’ai constaté sur moi-même et d’autres compatriotes marocains. C’est le fait en France de ne pas avoir cette totale assurance d’un citoyen à part entière qui peut revendiquer tous ses droits, en s’affirmant à l’égal des autres. Cela se traduit par cette propension, même infime, à ne pas faire de vagues, à éviter de trop festoyer pendant le ramadan, à préférer ne pas porter des symboles religieux comme le voile ou une djellaba de fête (que diraient les voisins dans cet immeuble bourgeois où l’on a eu du mal à s’y glisser ?) Ils croient à tort pouvoir échapper à la vindicte générale, laissant leur communauté sans grande défense. Où se terrent leurs avocats, leurs universitaires, leurs médecins, leurs enseignants, leurs ingénieurs ? Ils ont intériorisé, même inconsciemment, le commandement implicite du Lobby de se tenir a carreau et de ne pas trop la ramener lorsqu’un magazine publie des caricatures insultantes, et même d’accepter que Dieudonné devienne un paria parce qu’il avait osé se moquer d’une communauté particulière mais qui « a tant souffert ».

Ces Maghrébins ne font rien ou pas grand-chose même lorsque l’Administration, qui flaire où se trouve le vrai pouvoir pour s’y soumettre, commet des actes manifestement illégaux pour humilier les musulmans et les remettre à leur vraie place. Après l’interdiction du port du voile par les collégiennes et les lycéennes, certaines d’entre elles avaient mis une jupe longue. Ce que absolument rien n’interdit. Mais elles ont été convoquées par la direction et menacées d’exclusion pour le port d’un vêtement qui « aurait un signifiant religieux manifeste ».

À l’époque, je militais pas mal pour cette cause, et j’avais lancé, par des vidéos et dans des conférences, l’idée d’une « journée de la jupe longue ». Constituer des groupes dans toute la France, et à la date indiquée, envoyer des dizaines de milliers de collégiennes et de lycéennes en jupe longue. Qu’aurait fait la direction devant cette mobilisation ? Et quel message envoyer au Pouvoir et au Lobby : « Nous entrons dans la résistance. Nous n’admettrons plus aucune humiliation. Nous nous défendrons par tous les moyens. »

Hélas ! Hélas ! Cette idée n’a jamais été reprise ni exploitée. C’est resté à l’état de chimère.

Je voudrais conclure avec le propos du maître de la dialectique. Hegel disait à peu près : Le maître a besoin de l’esclave pour exister. Sans l’esclave il n’y a plus de maître.