Quand le couscous et le” Msemen” deviennent des recettes pour la promotion sociale et intellectuelle

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« un ventre plein dit à la tête de chanter »

Les trois dernières décennies semblent avoir donné un coup de massue à l’échelle des valeurs dans notre pays.

La décennie noire et son terrorisme a été accompagnée, dans son sillage, par l’émergence d’une catégorie d’obscurantistes, une « 3issaba » qui ne recule devant rien pour emporter tout sur son passage. Parmi les dégâts collatéraux enregistrés, on peut citer l’apparition d’une pseudo-élite d’obscurantistes, vêtue du costume pieux de la religion ainsi que celle d’une pseudo-élite d’intellectuels qui ne produit absolument rien sur le plan de la maîtrise technologique mais qui excelle dans le discours creux et la langue de bois.

Les Algériens ont eu donc à découvrir, ces dernières années, les Chemsou, Belahmar et autre Zaibet, inventeur du remède-miracle du diabète, appelé Rahmet Rabi, au détriment d’éminents chercheurs et scientifiques qui ont été contraints d’étaler leurs connaissances sous d’autres cieux pour échapper à la fatalité de l’ignorantisme et de la médiocrité. Alors, il ne faut pas s’étonner d’apprendre de la bouche d’un ancien ministre de l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique, en l’occurrence Tahat Hadjar, la révélation publique que l’Algérie n’a aucun besoin de prix Nobel, ce qui dit long sur la mesure et l’impact de telles déclarations sur l’esprit de nos compatriotes qui se sont investis dans l’économie de la connaissance.

Pour résumer cet état d’esprit, Algérie 54 a jugé nécessaire d’évoquer le cas du recteur actuel de l’université Oran 1 qui s’est converti en « grand » chef pâtissier, proposant à travers son blog des « msemen » au miel et autres « ghribia » à la cannelle. Notre recteur, qui aurait dû plutôt lancer un blog pour les publications scientifiques et universitaires, doit rêver de rejoindre les rangs de Samira TV afin d’y étaler ses talents dans le maniement du pétrin et la maîtrise du temps de cuisson. Il y tiendrait compagnie à la ministre de la Culture qui vient de faire du « couscous » son cheval de bataille, oubliant au passage que la Culture pouvait aussi et surtout nourrir les esprits.

Les mauvaises langues s’amuseront certainement à colporter le vieil adage issu du terroir qui affirme qu’« un ventre plein dit à la tête de chanter ».