Les saltimbanques du Hirak algérien: le cas Larbi Zouaimia

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Marcel Nino Pajot : « Le saltimbanque »

Par Ahmed Bensaada

Le Hirak a été un évènement grandiose dans l’histoire politique de notre pays. Il a montré la sagesse de notre peuple et son sens aiguisé du pacifisme. Comparé aux protestations populaires qui ont eu lieu dans différents pays du monde depuis le début du siècle, il s’agit d’un évènement unique qui a réussi à déboulonner un système dans une ambiance festive, mais ô combien responsable et mature.

Malheureusement, ce tsunami politique a enfanté une concentration effarante des saltimbanques médiatiques qui donne une piètre image de cette mémorable et historique révolte populaire.

Hormis quelques exceptions instructives et dignes d’intérêt, le cyberespace a été envahi par une horde de bouffons, d’équilibristes, de polichinelles, de guignols, de bonimenteurs, de femmes à barbe et de Colombines. Et ça use de photos intimes dérobées, de botox cyberspatial, de micros payés par PayPal, de grossièretés nauséabondes et d’invectives en guise d’argumentations. Cela aurait été drôle si la situation de l’Algérie n’était pas aussi sensible.  Une faune rampante prenant la place laissée libre par l’intelligentsia algérienne qui a déserté le champ des idées pour se vautrer dans la confortable position du « wait and see ».

Et c’est dans ce paysage fantasque qu’est récemment apparu un certain Larbi Zouaimia, Don Quichotte virtuel, vociférant des ondes et postillonnant des pixels, chevauchant sa Rossinante et pourfendant tous ceux qui oseraient contredire SA vérité. Car lui, il la détient la vérité vraie, la science infuse, celle qui lui donne le droit de parler d’une personne qu’il ne connaît pas ou d’un livre qu’il n’a jamais lu. Larbi Zouaimia : un saltimbanque donquichottesque affublé d’une boule de cristal !

Diplôme, profession et patriotisme

Au-delà des propos insolents et insultants qu’il a déversés sur ma personne, ce qui a étonné la plupart de ceux qui ont visionné son incontinence verbale, c’est la haine avec laquelle il a débité ses salmigondis.

Il s’en est pris à la profession d’enseignant, insinuant que tous ceux qui n’enseignaient pas à l’université n’étaient que des minables, des ratés et des moins que rien. Quel manque de respect pour les millions d’enseignants qui donnent leur temps et leur cœur pour éduquer des générations d’élèves! Qui de nous n’a pas été marqué par un enseignant ou une enseignante qui a nous a inculqué les valeurs fondamentales de la vie, le goût d’une carrière ou le sens de nos existences?

En ce qui me concerne, je me rappellerai toujours de mon admirable enseignant de sixième année primaire, M. Pugliese, dans cette école d’un vieux quartier d’Oran. Bien après l’indépendance, il a continué à former des cohortes de jeunes Algériens. Je dois avouer que j’ai savouré chacune des journées passées dans sa classe durant l’année scolaire. Le jour de mon examen de sixième, il a insisté pour m’accompagner au lieu où se déroulait l’épreuve. Il m’y a conduit avec sa belle Chambord grise, a attendu que je finisse l’examen et m’a ramené à la maison. Et tout cela, sans aucune contrepartie, juste le plaisir de se rendre utile. Du haut de mes onze ans, j’étais le plus heureux des êtres humains. M. Pugliese, là où vous êtes, je vous dis solennellement et publiquement: « Respect ».

Et que dire de M. Belamri qui nous a fait découvrir, savourer et aimer aussi bien Alphonse Daudet que Mouloud Féraoun? Ou de M. Pragnère dont les cours de « maths modernes » resteront à jamais gravés dans mon esprit. La liste est longue et je n’aurai jamais été ce que je suis actuellement sans leur abnégation, leur professionnalisme et leur amour de la profession d’éducateur.

M. Zouiamia, quant à lui, se permet de cracher sur toute cette générosité, cet altruisme et ce don de soi tout en caracolant sur sa Rossinante.

D’autre part, il ne fait pas la différence entre un diplôme et une profession et ne peut comprendre qu’on puisse aimer un métier et le choisir volontairement. Pour lui, la profession relève d’un déterminisme dont seul lui en connait la loi.

Et vous, M. le saltimbanque à la langue bien pendue, de quel doctorat êtes-vous titulaire et dans quelle université enseignez-vous? Un doctorat « es-insultes » dans l’université « YouTube »?

Et puis quelle est la relation entre le diplôme, la profession et la discussion sur le Hirak? Et quel est son lien avec le patriotisme?

Vous avez égrené un chapelet de noms de personnes inconnues du commun des mortels qui, à vos yeux, sont des sommités. Soit. Mais quel est leur apport dans le débat crucial actuel concernant l’avenir de notre pays? Ont-ils utilisé leurs doctorats ou leurs postes dans des universités renommées pour enrichir la discussion, apporter des solutions ou apaiser les esprits? Que Nenni!

D’autres exemples concrets peuvent être cités, comme ceux de MM. Lahouari Addi ou Mourad Dhina. Le premier, docteur et professeur, a montré ses compétences en calcul élémentaire, ne sachant pas différencier un mètre-carré d’un mètre-cube. Malgré cela, il a collaboré pendant de longues années avec le think tank de la National Endowment for Democracy (NED), organisme spécialisé dans l’« exportation » de la démocratie à la sauce étasunienne, responsable du chaos dans de nombreux pays arabes. C’est de là que nous est venue une certaine « régression féconde » et c’est de ce même endroit que l’agenda de la « printanisation » de l’Algérie a été concocté.

Cogitations mathématiques de haute voltige du professeur Lahouari Addi

 

Le second, docteur en physique, a approuvé l’assassinat d’intellectuels algériens durant la décennie noire au nom de je ne sais quelle idéologie mortifère.

Donc, vous voyez M. l’amuseur public, le doctorat et l’appartenance à une université n’est ni un gage d’engagement politique, ni de patriotisme, ni même de respect des valeurs humaines!

Finalement, sachez que ce n’est pas en récitant une liste de noms de gens bien qu’on devient important. Bien au contraire, c’est quand votre nom est cité en bien par une liste de personnes respectables que vous pouvez être fier de vous. En lisant les commentaires, c’est loin d’être votre cas.

La rhétorique des charlatans

En rhétorique, ceux qui sont à court d’arguments logiques et convaincants, recourent aux attaques « ad personam ». Il s’agit d’attaques personnelles qui n’ont aucun rapport avec le fond du débat. Ce procédé crapuleux a pour but de discréditer l’adversaire pour ne pas que son discours soit écouté car pertinent.

À l’instar de cette meute sauvage qui m’a attaquée à la sortie de mon dernier livre, M. Zouaimia montre une remarquable dextérité dans la technique. Mais, lui qui ambitionne avoir son mot à dire sur le Hirak, a reconnu ne pas avoir entendu parler de moi (et donc de mon livre) avant mon récent passage à la télévision nationale. C’est à se demander dans quelle caverne il s’était terré lorsque le débat faisait rage, l’été dernier. Vient-il juste de se réveiller d’une longue léthargie?  Si c’est le cas, il aurait mieux fallu y rester, car son sommeil est plus bénéfique à l’humanité que son réveil.

En effet, dans ses deux vidéos, le Don Quichotte des médias sociaux n’est pas à une contradiction près. Il prétend avoir été offusqué de me voir dans un média national comme si cela était un délit, mais ne voit aucun mal à trainer sur Al Magharibia, fief des anciens, des nouveaux et des futurs terroristes, organe de presse de la déstabilisation de l’Algérie. Il ose même préciser que les employés de cet outil de propagande n’y travaillent que pour gagner leurs vies et celle de leur famille, comme si ceux des chaines nationales ne le faisaient pas pour les mêmes raisons.

M. Zouaimia doit peut-être savoir que je n’ai jamais refusé une entrevue avec un quelconque média télévisuel, écrit ou autre et que j’y suis toujours ouvert. Je ne suis simplement pas invité car mon discours lève le voile sur les desseins des printanistes, démasque les intrigues des démocrates de façade, met à nu les manigances d’un certain courant qui se prétend religieux et, surtout, ébranle les certitudes des honnêtes citoyens embrigadés malgré eux dans des projets néfastes pour notre pays. Malgré cela, à chaque fois que je pointe le bout du nez sur une radio ou une télé, les saltimbanques du Net, dont M. Zouaimia, aiguisent leurs injures et astiquent leurs insultes pour mieux baver leur venin à mon sujet.

Le paroxysme de l’abjection a été atteint lorsque ce grossier personnage nommé Zouaimia a publiquement insulté mon défunt père (Paix sur son âme), le traitant de voleur. Mon défunt père qui nous a quitté il y a quelques mois, alors que j’étais coincé à des milliers de kilomètres de lui.

Comment, M. le bouffon des médias sociaux, avez-vous le culot de médire sur son compte alors qu’il était ancien moudjahid, emprisonné par l’armée française? Comment avez-vous l’indécence de mentir à son sujet alors qu’il a perdu son jeune fils dans la décennie noire pendant qu’il accomplissait son service militaire, assassiné par les gens de la même idéologie que de nombreux invités d’Al Magharibia où vous prenez plaisir à blablater béatement? Comment avez-vous l’impudence de salir sa mémoire alors qu’il enseignait le Coran et que pas un jour ne passait sans qu’il récitât tout haut des versets du Livre saint?

S’il y a une chose qui doit nous rendre fier de notre pays, c’est qu’il a permis à des cohortes d’étudiants issus de familles modestes d’accéder au savoir, et j’en fais partie. De mon temps, les bourses étaient octroyées aux plus méritants, quel que soit leur origine sociale. Et si M. Zouaimia n’a pas eu de bourse, c’est certainement parce qu’il n’avait pas le niveau requis, ni de résultats scolaires suffisants. Son minable comportement en ligne ne fait d’ailleurs que conforter cette idée. Quand on ne réussit pas dans les études, on cherche des subterfuges pour masquer notre échec, n’est-ce pas, M. le saltimbanque donquichottesque?

Du CNCD au Hirak

Mais venons à la question essentielle : pourquoi diable cet énergumène m’a-t-il attaqué aussi brutalement sans me connaitre, ni me lire ? Aurait-il reçu une commande de ses amis printanistes après mon passage à la télé?  C’est très probable car le nom de M. Zouaimia figure dans la liste des membres de la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie (CNCD), en compagnie, entres autres, de Mustapha Bouchachi, Fodil Boumala et certains organismes financés ou en relation avec la NED comme la LADDH, SOS Disparus, le RAJ, SNAPAP, etc.

Pour rappel, la CNCD avait été créée en janvier 2011, dans la foulée du calamiteux « printemps » qui avait touché certains pays arabes. Faute de mobilisation populaire, ce mouvement de protestation s’était rapidement éteint.

Ainsi, notre saltimbanque continue à œuvrer pour la « printanisation » de l’Algérie, de concert avec certains « ténors » du Hirak et des ONG à la solde de l’Oncle Sam, surfant allègrement sur la vague du Hirak. Mais ce qui était risible dans sa récente diarrhée verbale, c’est son évidente ignorance de la NED, principal organisme impliqué dans les révolutions colorées et le « printemps » arabe. En effet, il s’est à plusieurs reprises mélangé les pinceaux en prononçant son acronyme.

Je ne reviendrai pas sur le rôle de la NED, ni sur le modus operandi de la lutte non violente car mon ami Rafaa s’en est admirablement chargé dans son excellente réponse au Don Quichotte des médias sociaux.

Je dois cependant juste préciser aux saltimbanques du Net que ce n’est pas en usant des insultes et des attaques ad personam que le contenu de mes livres et de mes articles disparaitra. Bien au contraire, vos méthodes et vos comportements ne font que révéler à nos concitoyens que vous êtes des ennemis de la liberté d’expression et que votre démocratie n’est qu’un miroir aux alouettes.

Et vous, M. Zouaimia, la prochaine fois que vous montrerez votre face sur les médias sociaux, je vous conseille de porter un gros nez rouge. De cette façon, il n’y aura pas de tromperie sur la marchandise.

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