Le Professeur Kamel Djenouhat : «une vaccination rapide et massive ne peut être remplacée»

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Le Professeur Kamel Djenouhat : «une vaccination rapide et massive ne peut être remplacée»

« L’Algérie accuse un retard pesant dans l’acquisition de quantités suffisantes de vaccins et donc dans le processus de vaccination de masse permettant d’atteindre l’immunité collective espérée », a déplore le professeur Kamel Djenouhat, qui était dimanche matin, l’invité de la rédaction de la Chaine 3 de la Radio Algérienne.

Le président de l’Association algérienne d’immunologie interpelle les hautes autorités de « prendre conscience du risque à encourir et soient convaincus que la situation critique dépend de trois aspects très importants  à savoir : l’acquisition de grandes quantités de vaccins, le respect strict des citoyens des mesures préventives et la fermeté des autorités par rapport à ces mesures ».

Rappelant que l’Algérie a passé sa première commande de vaccin en janvier dernier alors que les premières commandes formulées par d’autres pays l’étaient en juin-juillet 2020, l’Invité, insiste sur l’importation de très grandes quantités de vaccins diversifiés en plus de spoutnik comme l’astrazeneca, qui est selon lui sans risque, dont l’utilisation est autorisée hier (samedi 24 avril) au Canada.

Pour ce qui est de la recrudescence des variants, l’intervenant alerte que « la situation est inquiétante », ajoutant que « c’était prévisible ! ». « On s’attendait à ça d’autant que nous n’avons pas respecté les mesures au niveau des aéroports, nous n’avons pas confiné les voyageurs pendant cinq jours au minimum ».

En plus du fait que le variant britannique est beaucoup plus contagieux et plus transmissible, comme l’admet les dernières études qui montrent qu’il cause 30% de mortalité que le variant préexistant, le variant sud africain est aussi dangereux, décrit-il tout en disant que « le plus inquiétant parmi tous cela est le variant nigérian ».

M. Djenouhat explique la dangerosité de « nigérian » par la rareté des études à propos par rapport aux deux variant cités plus haut. « il y a trop peu d’études du fait qu’il n’existe que sous forme sporadique à travers plusieurs pays dont l’Algérie mais ce qui ressort dans un récent rapport anglais le concernant c’est qu’il est deux fois plus mortel par rapport au variant sud africain avec un taux de mortalité de 4,3% d’où il y a de quoi s’inquiéter par rapport à la gravité et le nombre de décès qui peuvent être causés ».

L’inconscience a un coût !

C’est malheureux, dit-il, de parler de cette inconscience aujourd’hui alors qu’on était confortable lorsqu’on avait atteint une immunité collective de 50% alors que dans pareil cas cette dernière devait être à 70%. « On ne savait pas que cette immunité collective allait nous protéger contre ces nouveaux variants », s’exclame-t-il considérant que le variant britannique est sensible au vaccin vu que les sujets vaccinés ne développent pas une deuxième infection, par contre pour le variant nigérian et sud africain ont quand même une certaine résistance par rapport au vaccin. Cela suppose que tous les sujets qui ont fait déjà une infection peuvent en refaire une autre. « Pour en être là, le prix à payer sera fort », regrette-t-il.

Comment agir alors ?

« Pour être honnête j’interpelle les autorités par rapport à cette insouciance après avoir été  dans une situation maitrisable », invite-t-il estimant qu’elle demeure néanmoins inquiétante et maitrisable si on agit plus vite sans quoi « on frôle la catastrophe ».

Minimisant de la situation au niveau des hôpitaux qui regorgent éventuellement de saturation, le professeur Djenouhat appelle les autorités d’être « plus fermes et intransigeants surtout par rapport au port du masque et la distanciation physique ».

Il avertit que si l’on est à l’aise concernant les lits pour traitement des cas covid, il craint par contre qu’en  réanimation il y a risque de les saturer sous peu.

S’agissant de la mobilisation du personnel médical, il affirme : « on est toujours dans l’accomplissement du devoir, ce n’est pas une faveur ». « On n’a pas le choix et on doit remobiliser les staffs médicaux en temps utiles tout en souhaitant d’accélérer le processus de vaccination », conforte-t-il.

De son avis, on aurait pu éviter cette peur d’une troisième vague, aujourd’hui, si on avait importé de grandes quantités de vaccins pour une vaccination massive lors de la relative accalmie vécue dans la période janvier-février. « En voilà le résultat de ce retard ! », rappelle-t-il citant au passage la Grande Bretagne qui avait atteint le pic en été passé et quand ils ont lancé la vaccination massive sont en plein décru maintenant.