Quand l’Algérie mettait fin à l’alliance franco-israélienne sur ses terres

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Quand l’Algérie mettait fin à l’alliance franco-israélienne sur ses terres

Par Tarek Benaldjia

 Je voudrais seulement apporté ma contribution sur une parcelle d’histoire riche en événement, qui nous permet de mieux comprendre l’Algérie dans son ensemble.

Malheureusement oubliée ou ignorée  par un  bon nombre d’intellectuel pour des raisons ou autre et risque de l’être pour longtemps encore du fait de manque de volonté caractérisé des politiques et des médias à la solde des franco-sionistes pro-Israël.

Pour une fois soyons du bon coté de l’histoire ?

Pour l’alliance franco-israélienne, l’indépendance de l’Algérie allait signifier la fin d’une époque, puisque leur alliance ne se justifie, en premier lieu, que par l’existence d’ennemis communs.

La fin de la Guerre d’Algérie et le rétablissement de relations diplomatiques de l’Algérie avec la majeure partie des pays arabes dès l’issue du conflit ont de quoi inquiéter la position « franco-israélienne» … En effet, pour ces deux larrons  et surtout leur maintien en Afrique du nord, revêtaient une importance capitale.

Grand producteur d’armes conventionnelles et premier fournisseur d’Israël en armement et matériel de très haute technologie, la France avait fait aussi de grandes avancées dans le domaine nucléaire (savoir qu’elle partageait avec Israël).

Pour Israël, l’acquisition de l’arme nucléaire représente un bond géostratégique qualitatif très important et absolument décisif dans son rapport de force avec les États arabes qui l’entourent et dont aucun, encore aujourd’hui, ne détient cette arme.

De plus, sur le plan purement militaire et stratégique, la présence de cet important allié, de son armée et de ses services de renseignements expérimentés et aguerris en Algérie, offrait d’autres perspectives tout aussi intéressantes. Conformément, à sa politique dite de « deuxième » ceinture, Israël voyait d’un très bon œil cette alliance de revers et cette présence militaire européenne en plein cœur du Maghreb et surtout « derrière » l’hostile Égypte de Nasser.

Symboliquement d’abord. Car les symboles ont souvent plus d’importance qu’on ne le croit dans une guerre, surtout dans ce type de conflit. En effet, une victoire de l’Algérie sur une puissance comme la France membre de l’OTAN aurait été et l’a été en définitive  perçue dans le monde entier, et surtout par les palestiniens, comme un exemple et un espoir dans la lutte contre l’alliance atlantique et de son corolaire le sionisme d’Israël.

« Israël a longtemps considéré la France comme un sein maternel, omniprésent et inépuisable. Mais cet État nourrisson a été brutalement sevré par l’Algérie.

Une Algérie française représentait aussi un atout géostratégique pour Israël par l’immense espace aérien de la colonie française. En effet, « coincé » géographiquement du fait de l’exiguïté de son territoire, l’État hébreu aurait sûrement profité, comme il le fera plus tard avec les espaces aériens américains et turcs (après des accords bilatéraux), d’une totale liberté de survol, par exemple, de l’espace saharien à des fins d’entraînement.

Enfin, économiquement, une Algérie française aurait été aussi, pour Israël, un tremplin économico-commercial, mais aussi diplomatique vers l’Afrique noire (chose dont l’État hébreu s’est finalement aisément passée puisque son implantation commerciale et économique, mais aussi diplomatique sur le continent africain a été un succès). Mais surtout, n’oublions pas que la France était sur le point de devenir une puissance pétrolière et gazière grâce au Sahara, cet immense espace stratégique offrait lui aussi des possibilités inestimables dans les domaines de la recherche nucléaire mais aussi spatiale. Tous ces avantages qui, du fait des liens très étroits entre les deux « larrons », auraient bien sûr inévitablement profité à l’État hébreu, lui qui est dépourvu de ressources naturelles.

Enfin, les choix inattendus et décevants pour l’État hébreu dans les « accords d’Évian » obligèrent Israël à revoir sa stratégie, son positionnement et à s’adapter rapidement à cette nouvelle donne du « jeu » de l’Algérie indépendante en Méditerranée, tout en recherchant le plus vite possible un nouvel allié puissant…

D’abord, à l’instar des prises de contact réussies avec la Tunisie et le Maroc indépendants, les Israéliens tentent d’approcher certains modérés du GPRA et du FLN afin de normaliser de futures et éventuelles relations entre Israël et l’Algérie indépendante. En vain.

Dans l’intervalle et dès, 1962, le revirement français pousse Israël à rechercher au plus vite, par exemple, l’appui des États-Unis. Il peut compter pour cela sur les juifs américains et sur le nouveau regard de Washington à propos du rôle que peut jouer finalement l’État hébreu dans la région.

Les États-Unis deviennent alors pour Israël, « la France des années 1950 en mieux » et sont désormais le meilleur soutien économique, le principal fournisseur d’armes et le seul ami et allié politique important de l’État hébreu.

Quant à la France et à l’État hébreu, la fin de la Guerre d’Algérie peut être considérée comme la grande ligne de partage du temps dans leurs relations. Car entre les deux nations, rien ne sera alors plus jamais comme avant…

L’Algérie est un grand pays

Avec une superficie de 2,4 millions de km2, c’est à la fois le plus grand pays d’Afrique, du monde arabe et du bassin méditerranéen. Sous la gouvernance de Bouteflika, elle a su rester un pays indépendant, contrairement à de nombreux pays arabes qui, se sont, peu ou prou, rapprochés de la coalition occidentale, en application du proverbe: « Baise la main que tu ne peux trancher».

En effet, l’Algérie est à la fois une grande détentrice de pétrole, une puissance influente et indépendante dans sa région. Elle n’est pas endettée et entretient d’importantes relations commerciales avec les USA, la Russie, la Chine et l’Europe. Elle a donc tous les attributs pour intéresser ces plurinationales de ces derniers pays.

Aux yeux de « l’État hébreu et ses alliés », l’Algérie a commis cinq «fautes impardonnables» :

1 – Elle entretient de trop bonnes relations avec la Russie, pays dans lequel elle forme les officiers de son armée depuis fort longtemps et auquel elle achète beaucoup de matériels militaires majeurs (dont les fameux S 300-400)( Sukhoi 30-34 et bientôt 57).

2 – Elle entretient de trop bonnes relations avec l’Iran, ennemi désigné des USA et d’Israël, et, par conséquent, pas vraiment ami de la France et du Royaume-Uni… France et Royaume-Uni, derrière des discours hypocrites et trompeurs, n’ont rien fait d’efficace pour remplir leurs engagements dans l’accord sur le nucléaire iranien.

3 – Contrairement à la gouvernance de plusieurs pays arabes (dont le docile Maroc, son voisin), l’Algérie novembriste a refusé de rejoindre la grande coalition saoudienne, soutenue par les occidentaux, dans son intervention armée au Yémen pour mater la révolution populaire d’Ansar Allah. Cette opération militaire visait, à l’évidence, à contrer l’extension de l’influence iranienne au Moyen-Orient, et cela au profit de l’État hébreu.

4 – En outre, depuis le début du conflit syrien la gouvernance d’Algérie libre et indépendante a entretenue de bonnes relations avec celle de Bachar el Assad en Syrie et refusé de participer à la curée et au démembrement de ce pays programmé par les occidentaux et certains de leurs alliés arabes au profit de l’État hébreu.

5 – Enfin, l’Algérie des principes de novembre reste l’un des derniers bastions arabes dans la défense de la cause palestinienne. Chacun peut comprendre que cette position indispose l’État hébreu et alliés qui peuvent y voir un obstacle sérieux au « deal du siècle ».

La réponse à la question : Pourquoi une telle alliance franco-israélienne concernant l’Algérie ? Tient, pour une large part, dans les points évoqués ci dessus.

 

 

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