Presse nationale: entre l’écueil de la crise financière et le défi de la transition numérique

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Presse nationale: entre l'écueil de la crise financière et le défi de la transition numérique

Impactée par une rude crise financière, la presse nationale continue de faire face à de nombreux défis qui consistent à la fois à trouver un modèle économique fiable lui assurant la survie et à opérer sa transition numérique, sans pour autant la dévoyer de son rôle pivot dans l’édification de l’État et le respect des droits et libertés.

L’Algérie compte aujourd’hui près de 200 titres de la presse écrite, une cinquantaine de chaines de télévision et une centaine de sites électroniques, des médias qui cherchent à se faire une place dans un paysage médiatique en pleine mutation. Ce foisonnement de médias a été rendu possible par la loi n 90-07 du 03 avril 1990 relative à l’information qui marque la consécration du pluralisme médiatique et la loi organique de 2012 qui a permis l’émergence de télévisions privées et la presse électronique, et ce, en plus d’avancées dans la pratique journalistique et un espace de liberté garanti pour les professionnels du secteur.

Face à la crise multiforme des médias, caractérisée par de grandes difficultés financières suite à la crise économique due principalement à la baisse des cours du pétrole, le ministère de la Communication a annoncé la réactivation du Fonds d’aide à la presse, gelé depuis 2014, pour venir en aide à une presse déficitaire et ayant subi de plein fouet la chute du marché de la publicité publique et privée.

La réactivation de ce Fonds, selon le ministre du secteur, Ammar Belhimer, “tend à aider les médias privés à surmonter leurs difficultés financières” qui ont été compliquées davantage par l’arrêt des activités engendré par la pandémie du coronavirus (Covid-19).

Ces dernières années, il faut le souligner, pas moins de 20 journaux qui n’ont pas pu résister à la crise, ont disparu du paysage médiatique entre 2019 et 2020, selon les chiffres du ministère de la Communication, et d’autres ont été contraints de réduire leur personnel et leur tirage pour se maintenir en vie, concourant, du coup, à la fragilisation d’une bonne partie de la corporation.

Une nouvelle approche des médias

Dans une nouvelle approche des médias, le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement, mise sur la transition numérique de la presse écrite qui est, selon lui, une “nécessité impérieuse”, soulignant l’évolution de la scène médiatique, marquée notamment par l’abandon par plusieurs journaux de la version papier pour se tourner vers l’édition électronique.

Pour donner une assise juridique à la presse électronique qui compte déjà plusieurs sites d’information, un décret exécutif fixant les modalités d’exercice de l’activité d’information en ligne et la diffusion de mises au point ou rectifications sur le site électronique, a vu le jour en 2020.

Le ministre qui n’a de cesse d’affirmer le soutien de son département à la presse électronique, avait affirmé que “la presse papier est finie”, appelant les jeunes diplômés à se lancer dans la création de sites d’information de proximité et spécialisés. La presse papier avait enregistré, entre 2010 et 2018, une baisse de 80% des tirages de journaux, a signalé le ministre, ajoutant que cette régression s’est accentuée avec l’avènement de la crise sanitaire du Covid-19.

S’exprimant sur le lectorat de la presse en Algérie, le premier responsable du secteur a relevé que “70% des lecteurs” accèdent désormais à l’information par le biais de la presse électronique, laquelle, a-t-il promis, sera même “priorisée” dans l’obtention de la publicité publique.

Dans le même sillage, le ministère de la Communication a affirmé vouloir également relever le défi de la sécurité numérique en exigeant que tous les sites électroniques d’information ou autres, soient hébergés localement dans le but de protéger leurs données, ainsi que leur domiciliation, physique et logique, en Algérie avec une extension du nom de domaine ‘dz’ “.

De ce fait, M. Belhimer avait annoncé, mars dernier, l’enregistrement de 45 sites électroniques d’information, dont le domaine est le .dz, et qu’ils sont “totalement sécurisés”, ajoutant que l’objectif du secteur est d’arriver à une centaine de sites avant l’été prochain.

Selon les chiffres du ministère de la Communication,101 organes de presse en ligne éligibles au soutien ont été recensés, dont 37 ont déjà obtenu des certificats d’enregistrement.

Ainsi, plusieurs chantiers ont été ouverts par le département de Belhimer en vue d’améliorer la situation du secteur de la Communication en général, et des médias en particulier, entres autre l’amendement de la loi organique du 12 janvier 2012 relative à l’information, considérée comme le “grand chantier de 2021”, dans le but de l’adopter à la nouvelle Constitution.

Le ministère a fait savoir avoir déjà engagé la procédure prévoyant la modification du décret pour mettre en place la commission permanente chargée de délivrer la carte nationale du journaliste professionnel et ce, par l’organisation d’élections permettant d’élire les journalistes et les directeurs des médias devant siéger au sein de cette commission.

Le secteur de la publicité est également concerné par les réformes engagées dans le secteur de la communication, notamment avec l’initiation d’un avant-projet de loi pour organiser les activités y afférentes et fixer les règles relatives à son exercice. A cela, s’ajoute un avant-projet de loi relatif au sondage, en voie de finalisation.

En attendant la promulgation de la loi sur la publicité, l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP) avait adopté en 2020, “15 critères objectifs” dans la distribution de la publicité publique au profit des médias nationaux.

Pour ce qui est de l’audiovisuel, le département de Belhimer mise sur la réhabilitation de l’Établissement public de la télédiffusion d’Algérie (TDA) dans certaines fonctions fondamentales, notamment d’être l’interface entre les chaines privées et les fournisseurs de service radiotélévision étrangers.

Outre le rapatriement technique et technologique des chaines privées, le ministre a annoncé également l’amendement de la loi de 2014 relative à l’activité audiovisuelle, dont un comité conjointement avec l’ARAV, a été déjà installé au niveau du ministère pour l’adapter et la mettre à jour.

Par ailleurs, sur plus d’une quarantaine de chaines de télévision privées qui forment le paysage audiovisuel national, seulement 7 d’entre elles ont reçu un agrément provisoire pour l’ouverture de bureaux.

Concernant le secteur audiovisuel public, il a été enrichi en 2020 par trois nouvelles chaînes dédiées à la famille, à la promotion du savoir et à l’histoire, à savoir (TV6, TV7 “El Maarifa” et TV8 ” ADHAKIRA”).

Au cours de la même année, le ministère de la Communication a également lancé le redéploiement de la radio numérique terrestre (RNT), une technologie numérique qui permet d’assurer la diffusion d’un très grand nombre de chaînes (9 à 18 radios par fréquence), avec une meilleure qualité d’écoute.