Meurtre d’un militant en Palestine

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Meurtre d’un militant en Palestine

Par Jacob Cohen

Voilà un titre qui serait presque passé inaperçu, tant on s’est habitué à la répression exercée par l’occupant sioniste.

Mais voilà, s’il s’agit bien d’un militant palestinien, ce dernier a été assassiné par la police de l’Autorité palestinienne.

Nizar Banat, 43 ans, militant des droits humains et critique de l’Autorité palestinienne de la ville d’Hébron, a été arrêté jeudi lors d’un raid à l’aube par les forces de sécurité palestiniennes. Aucune raison n’a été donnée pour son arrestation.

La famille de Banat a accusé les forces de sécurité de « l’avoir frappé à la tête avec des bâtons de bois et des morceaux de fer » et de « l’avoir délibérément assassiné ».

Le gouverneur de Hébron a déclaré que lors de l’arrestation de Banat, « sa santé s’est détériorée ». « Il a été immédiatement transféré à l’hôpital gouvernemental d’Hébron. Après avoir été examiné par des médecins, il a été déclaré mort.

Banat était connu pour ses vidéos publiées sur Facebook, dans lesquelles il dénonçait des allégations de corruption au sein de l’Autorité palestinienne.

Il s’était inscrit comme candidat aux élections législatives palestiniennes qui devaient se tenir en mai avant que le président Mahmud Abbas ne les reporte indéfiniment.

Plusieurs manifestations se sont déroulées à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, appelant à la démission d’Abbas.

L’Union européenne s’est empressée de verser sa larmichette hypocrite sur le respect des droits de l’homme. Sa délégation auprès des Palestiniens s’est déclarée « choquée et attristée » par la mort de Banat, ajoutant qu’une « enquête complète, indépendante et transparente devrait être menée immédiatement ».

Elle n’ira évidemment pas plus loin. Elle a pourtant les moyens de peser sur l’Autorité Palestinienne, puisque la majorité de son budget provient de fonds européens. Mais il n’est pas question de fragiliser un partenaire sur lequel repose toute cette construction établie par les Accords d’Oslo et qui devraient aboutir, à plus ou moins long terme, à l’annexion par Israël des 2/3 de la Cisjordanie et à la constitution d’un bantoustan palestinien surnommé pudiquement « État ».

Le drame survenu à la prison d’Hébron appelle quelques remarques.

Inféodée politiquement à son partenaire-occupant sioniste, l’Autorité palestinienne en arrive à adopter ses méthodes répressives pour survivre. Contre son propre peuple, le peuple qu’elle est censée amener à l’indépendance. Cette Nomenklatura basée à Ramallah avait déjà fait son deuil des processus démocratiques en 2006 en refusant la victoire électorale du Hamas, avec la bénédiction et le lâche soulagement des démocraties européennes. On peut dire que l’Autorité palestinienne traîne son pêché originel que furent les Accords d’Oslo : Tant de concessions à l’occupant sioniste pour un mirage d’indépendance qui s’efface d’année en année.

Cette Autorité exsangue ne se maintient que par la grâce de son protecteur sioniste. C’est ainsi que la collaboration sécuritaire entre Jérusalem et Ramallah ne s’est jamais démentie même pour une journée depuis 1993 malgré les rodomontades palestiniennes. Les cadres sécuritaires palestiniens sont formés aux États-Unis par la CIA, autant dire par le Mossad. Lorsque les forces d’occupation sionistes veulent entrer dans une ville palestinienne pour faire leur sale boulot, il leur suffit d’appeler leurs collabos qui s’éclipsent discrètement. En contrepartie, les services de sécurité sionistes font le ménage parmi les vrais résistants. « Sans nous, disent les Israéliens, Mahmoud Abbas aurait sauté depuis longtemps ».

Cette Autorité se trouve donc à bonne école pour réprimer ses propres contestataires. Le meurtre du militant palestinien Nizar Banat dans les geôles palestiniennes ne fait que projeter une lumière crue sur les relations de maître à subordonné tissées entre Israël et le gouvernement fantoche de Ramallah.